Les salaires des enseignants varient considérablement d’un pays européen à l’autre. En 2024, cette disparité est plus marquée que jamais, suscitant débats et réflexions sur la valorisation du métier. Le niveau de rémunération peut influencer directement la qualité de l’éducation, en attirant ou en dissuadant les talents. Certaines nations privilégient des salaires élevés pour garantir un enseignement de qualité, tandis que d’autres peinent à suivre cette tendance. Cette diversité salariale reflète des choix budgétaires et politiques distincts, façonnant le paysage éducatif européen. Comparer ces salaires permet de mieux comprendre les priorités et les défis auxquels font face les systèmes éducatifs.
Des disparités salariales en début de carrière
Dès les premiers pas dans l’enseignement secondaire, les écarts frappent. Le salaire d’embauche ne se contente pas de faire varier le solde bancaire : il oriente aussi le recrutement, la mobilité, la démotivation ou au contraire l’élan vers la profession.
En Allemagne, la donne est claire. Pour un enseignant débutant, la grille affiche un montant avoisinant les 50 000 euros bruts par an : de quoi placer le pays dans le peloton de tête européen. À l’opposé, la France propose 30 935 euros bruts pour le même poste, soit deux bonnes marches plus bas, environ 40 % de différence. Aucun besoin de trente calculs, l’écart se passe de démonstration.
Puis vient le Luxembourg, qui change totalement la dimension du débat. Là-bas, débuter dans le secondaire rime avec un salaire qui flirte avec 81 080 euros bruts annuels. Ce niveau n’attire pas seulement les postulants, il filtre également la sélection et maintient l’exigence au cœur des recrutements. Quand le salaire suit, l’image du métier elle-même se transforme.
Initiatives en France
Le déficit d’attractivité du métier n’a pas échappé au gouvernement français. Pap Ndiaye, alors en charge de l’Éducation nationale, annonce une mesure phare : garantir au moins 2 000 euros nets mensuels à chaque nouvel enseignant. Emmanuel Macron, sur ce point, promet devant les caméras qu’aucun jeune professeur ne sera embauché en dessous de ce seuil, et ce dès la rentrée 2023.
Cette revalorisation, affirmée publiquement, vise à réduire l’écart avec la moyenne européenne et à dynamiser une filière en souffrance. Mais dans les faits, la marche reste haute. Pour réussir à concurrencer des systèmes comme ceux du Luxembourg ou de l’Allemagne, la France devra soutenir l’effort et interroger plus largement son modèle de gestion et ses priorités budgétaires pour les enseignants.
Évolution des salaires enseignants en Europe
Entre 2020 et 2024, l’évolution des grilles salariales témoigne d’une Europe à deux vitesses. Certains pays, année après année, renforcent leur avance et consolident à la fois niveau de vie, reconnaissance du métier et attractivité globale. Toujours en haut du podium, le Luxembourg affiche désormais pour le secondaire général un salaire brut moyen annuel de 104 000 euros. Juste derrière, la Finlande et les Pays-Bas jouent la carte du tandem gagnant : rémunérations attractives, mais aussi conditions de travail soignées, moins de surcharge, davantage de stabilité.
Pour donner corps à cette diversité, voici une synthèse claire des situations les plus visibles :
- Luxembourg : 104 000 euros bruts par an
- Finlande : environnement professionnel jugé favorable
- Pays-Bas : salaires supérieurs à la moyenne européenne
L’envers du décor se dessine à l’est du continent. En Pologne, la rémunération ne dépasse pas 20 000 euros annuels : c’est moins de la moitié que ce que propose la moyenne des pays de l’OCDE, qui se situe autour de 49 290 euros. La Bulgarie et la Slovaquie doivent elles aussi composer avec des salaires bien en dessous du standard européen, ce qui joue directement sur la difficulté à fidéliser les enseignants et sur la mobilité des jeunes diplômés.
Voici quelques exemples révélateurs de ces décalages :
- Pologne : 20 000 euros bruts annuels
- Bulgarie : niveau de rémunération parmi les plus bas
- Slovaquie : salaires modestes pour les enseignants
En Europe du Sud, le Portugal sort du lot : rapporté au PIB par habitant, les salaires offrent un certain standing dans la profession. Mais en Grèce et en Italie, beaucoup restent en deçà des attentes ; les rémunérations persistent sous la moyenne du continent.
Un constat émerge : les zones où la rémunération et les conditions de travail sont valorisées voient se former et rester les enseignants. Le cas de la Finlande en atteste, année après année, où la stabilité du métier attire encore largement, laissant peu de vacance aux postes ouverts.
Impact du coût de la vie sur les salaires
Le chiffre affiché sur la fiche de paie ne fait pas tout. Ce qui compte, c’est aussi la façon dont il se traduit dans la vie de tous les jours : logement, trajets, énergie, loisirs. Plusieurs États mettent en avant un salaire brut impressionnant, mais le quotidien rattrape vite ceux pour qui le coût de la vie grimpe en flèche.
On peut citer quelques cas parlants :
- Portugal : le salaire rapporté au PIB par habitant permet un réel pouvoir d’achat
- République tchèque : même avec une croissance économique, le niveau de rémunération reste relativement limité par rapport à la richesse nationale
- Irlande : la fiche de paie ne compense pas toujours un coût de la vie élevé
En France, l’État consacre 5,4 % de son PIB à l’éducation, de la maternelle à l’université. Pourtant, des zones entières du territoire se heurtent à une pénurie de professeurs, notamment en Seine-Saint-Denis, où trouver des candidats relève parfois du casse-tête.
Les écarts sont parfois tels qu’ils changent radicalement la physionomie des territoires. À Munich ou Francfort, par exemple, le salaire d’un enseignant allemand apparaît élevé mais fond au contact des loyers et des tarifs locaux. À l’inverse, au Portugal, des revenus plus modestes en valeur absolue suffisent à permettre un niveau de vie confortable grâce à un coût de la vie nettement inférieur.
Derrière la comparaison des chiffres bruts, c’est bien la réalité concrète qui tranche. La vraie question reste alors : que permet le salaire d’un enseignant quand tout a été payé, quand l’énergie baisse ou que naît le projet d’un petit voyage ? D’un pays à l’autre, le métier d’enseignant change de visage, et la marchandise n’est jamais la même : sécurité, reconnaissance, perspectives, ou persistance des difficultés.


