Un gérant peut diriger une SARL sans percevoir le moindre euro de rémunération. Cette situation, loin d’être marginale, soulève des questions spécifiques sur l’affiliation aux régimes sociaux et sur l’imposition. L’administration fiscale ne tient pas compte de l’absence de salaire pour exonérer le gérant de certaines obligations.
Les règles diffèrent radicalement entre gérant salarié et non salarié, notamment en matière de cotisations sociales, de droits à la retraite et de protection sociale. La pratique d’une gestion bénévole n’efface pas les responsabilités ni les conséquences financières qui en découlent.
Le gérant non salarié en SARL : statut et spécificités
Le gérant non salarié tient une place à part dans une SARL. Désigné par les associés en assemblée générale, il évolue dans le cadre d’un mandat social strictement défini par les statuts de la société. Ce n’est pas un détail : selon qu’il détient plus de 50 % du capital (majoritaire), jusqu’à 50 % (minoritaire), ou pile 50 % (égalitaire), le régime social change du tout au tout. Tout se joue ici : affiliation au régime social des indépendants (statut TNS), accès ou non à une protection sociale, et rattachement à la sécurité sociale des indépendants.
Un gérant majoritaire est systématiquement affilié au régime TNS, même sans toucher la moindre rémunération. Cela implique de s’acquitter d’un minimum de cotisations sociales : il bénéficie ainsi, même de façon restreinte, d’une protection sociale. À l’inverse, le gérant minoritaire ou égalitaire non salarié n’est pas rattaché au régime général et n’a strictement aucun droit à la protection sociale via son mandat. Conséquences concrètes : le niveau de couverture varie fortement, tout comme la gestion des risques ou la prévoyance.
Les différentes situations sont à cerner avec précision :
- Gérant majoritaire : affilié d’office au régime des indépendants, rémunéré ou non.
- Gérant minoritaire/égalitaire : sans rémunération, pas de couverture sociale liée au mandat.
- Gérant non associé : régime identique à celui du minoritaire, sauf si les statuts en décident autrement.
Dans certains cas, ce mandat social peut se cumuler avec un contrat de travail, à condition d’un vrai lien de subordination et de missions nettement distinctes. Cette dualité s’observe surtout dans les grandes structures, beaucoup plus rarement dans de petites SARL. Autre point à surveiller : la répartition du capital social évolue parfois en cours de vie sociale, provoquant alors le basculement du gérant du statut minoritaire à majoritaire, ou l’inverse. Anticiper ces renversements, dans les statuts, sécurise la gestion future.
Gérant non rémunéré : une situation légale mais encadrée
Rien n’empêche un gérant d’exercer ses fonctions à titre gratuit. Cette configuration fait sens lors du lancement d’une SARL ou d’une EURL, notamment pour limiter les charges ou retarder la rémunération tant que l’activité décolle. Nulle règle n’impose une rémunération minimale : la question est laissée à la libre décision des associés, si les statuts ne tranchent pas.
Avec une gestion sans rémunération, certains impacts sont à garder en tête sur la protection sociale : le gérant majoritaire, même s’il ne touche rien, doit quand même s’acquitter du forfait minimal de cotisations sociales. Mais la couverture reste modeste. Le gérant minoritaire ou égalitaire, de son côté, se voit privé de toute affiliation au régime général et de toute protection découlant du mandat. Pas de rémunération, pas de droits : la retraite et la prévoyance ne s’accumulent pas dans ce cas.
Un aspect pratique mérite d’être souligné : un gérant non rémunéré qui perçoit des allocations chômage peut continuer à les toucher, tant qu’aucune somme ne lui est attribuée via son mandat social. Ce dossier reste strictement encadré par Pôle emploi : au démarrage, cela concède un répit financier bienvenu. À noter aussi : percevoir des dividendes ne compte pas comme une rémunération de mandat social. Cependant, cela aura un poids fiscal pour le dirigeant.
Choisir ou non de prévoir une rémunération pour le gérant doit toujours s’ajuster à la structure du capital, au calendrier de versement des bénéfices, comme à la stratégie patrimoniale réfléchie du dirigeant.
Quels impacts sur les cotisations sociales et la fiscalité ?
Le fonctionnement de la rémunération d’un gérant non salarié se traduit immédiatement sur le plan des cotisations sociales, du fisc et des droits sociaux. Pour un gérant majoritaire de SARL sous statut TNS, chaque euro versé au titre du mandat social est soumis à cotisations sociales prélevées par l’URSSAF, basées sur le brut annuel. Et même en l’absence de versement, un forfait minimal reste dû : la protection reste donc limitée.
Côté gérant minoritaire ou égalitaire, si aucun versement n’intervient, pas de cotisation sociale ni de droits particuliers. Quant aux dividendes, ils ne déclenchent aucun droit social ; fiscalement, ils sont soumis à la flat tax de 30 %, ou bien au barème progressif de l’impôt, selon le choix du dirigeant.
| Type de revenu | Cotisations sociales | Fiscalité |
|---|---|---|
| Rémunération mandat social | Oui (URSSAF, SSI) | Impôt sur le revenu, catégorie traitements et salaires ou BNC |
| Dividendes | Non (sauf part excédentaire) | Flat tax ou barème progressif |
La rémunération du gérant est inscrite comme une charge de l’entreprise et vient en déduction du résultat fiscal, à condition qu’elle soit cohérente avec l’activité réelle et l’état de santé de la société. Si la rémunération versée devient démesurée ou sans justification, la société comme le responsable s’exposent à des redressements sociaux et fiscaux. Quant aux dividendes, jamais déductibles, ils constituent un levier de complément de revenus lorsque la trésorerie le permet.
Rester attentif lors du choix du mode de rémunération permet de mieux calibrer la charge sociale, d’optimiser la protection sociale du dirigeant et d’ajuster la fiscalité globale.
Retraite, protection sociale et intérêt d’une rémunération minimale
Dès l’immatriculation de la société, il convient pour tout gérant non salarié de s’interroger sur sa protection sociale et sa retraite. Le statut majoritaire ou minoritaire oriente l’affiliation, sécurité sociale des indépendants (SSI) pour les majoritaires, régime général pour les assimilés salariés. Les gérants TNS doivent faire avec une couverture plus succincte : aucun droit au chômage, accidents du travail non pris en compte, et prévoyance réduite. L’adhésion à une mutuelle ou à un contrat Madelin vient souvent combler ces manques.
Un point de vigilance : même sans toucher de rémunération, le gérant majoritaire s’acquitte obligatoirement d’un forfait minimal de cotisations, donnant droit à une retraite ou une assurance maladie, même faibles. À l’opposé, le gérant minoritaire non rémunéré n’est pas affilié automatiquement : il ne peut tabler sur aucune couverture découlant seulement de ce mandat.
Pourquoi maintenir une rémunération, même faible ?
Voici les principales raisons pouvant inciter à maintenir une rémunération minimale, même modeste :
- Valider des trimestres de retraite auprès de la SSI ou de la CNAVPL.
- Bénéficier d’une couverture partielle en assurance maladie-maternité.
- Ouvrir des droits à la prévoyance et à la complémentaire santé.
Conserver une rémunération minimale permet ainsi de garder la main sur ses droits sociaux et sa sécurité personnelle. Mieux vaut envisager dès le départ les garanties complémentaires, mutuelles et contrats adaptés à sa situation. Il s’agit de s’ajuster en continu, en fonction du niveau de revenus et des objectifs professionnels.
En fin de compte, chaque gérant trace sa propre trajectoire : certains choisissent la prudence et la sécurisation, d’autres font le pari de l’investissement pur. Derrière ces choix, une réalité commune : l’anticipation reste la seule assurance pour ne pas se retrouver pris de court par l’avenir.

